• Eva

Et si le monde était à refaire : Thoreau et Satish Kumar

Hi everyone.


Quand j'ai créé ce blog quelque chose était important pour moi: le partage. En tant que passionnée de littérature il m'était impensable de ne pas vous faire part de ces livres, qui ont parfois, un peu beaucoup changé ma vie. Alors pour cette première revue je tenais à vous parler de deux livres qui nous apportent un regard critique sur le monde, tel que nous l'avons bâti, mais qui proposent de nouvelles conceptions à la fois différentes et partagées pour nous faire bouger. Parfois je me sens tellement impuissante face à tout ce qui me paraît insensé en ce monde, j'ai l'impression que tout est à refaire, depuis le début, ce qui est impossible. C'est souvent à travers mes lectures que j'ai retrouvé un peu de force et d'espoir, puisque même si l'on ne peut pas tout changer, répandre un message c'est faire la différence.

Le premier livre a une très très grande place en mon coeur depuis déjà plusieurs années. Amoureux de la Nature vous le connaissez peut-être déjà, je viens vous parler de Walden de Henry David Thoreau. Écrit il y a pourtant près de deux siècles, Thoreau ressentait déjà cet écoeurement face à la société humaine comme certains d'entre nous ressentent aujourd'hui. Argent corrompu, nature dévastée, mensonges, rêves éteints, vie regrettées, animaux torturés. Ceci n'est pas nouveau. Sa

solution: s'isoler. C'est un peu ce mythe de la vie solitaire, loin de tout, en accord avec soi, avec son environnement. Se construisant lui même à un prix bon marché sa cabane près du lac de Walden, Thoreau s'initie à la vie en autarcie, ne retournant que de temps en temps dans les villages alentour, et refusant bien sûr de payer des impôts qui iraient tout droit à l'armement de guerre stupides. Alors je ne sais pas si ce mode de vie est des plus recommandables aujourd'hui, mais quand je vois la richesse poétique et intellectuelle qu'il lui a pourvu, je me dis que son expérience est un bel héritage. Cette humanité que la société avait perdue, lui l'a retrouvée selon moi. C'est un Thoreau, amoureux et conscient de la Nature que l'on retrouve, qui la décrit avec une pureté poétique admirable. Sa conception de la vie et de sa valeur, de l'argent, du travail, se retrouve métamorphosée.

Ce qui m'a séduite le plus dans cet ouvrage c'est l'art de vivre auquel il nous initie. Thoreau était enfermé dans sa cabane, et pourtant il s'adresse à nous comme quelqu'un ayant traversé milles et unes contrées, puisque ce mode de vie adopté est pour lui son aventure. Et "nous devrions chaque jour rentrer de lointaines contrées, après des aventures, des périls et des découvertes, riches d'expériences inédites et d'une âme nouvelle". Je vous parle très souvent de la peur de suivre ses rêves, son intuition, et bien je vous encourage à lire ce livre qui respire la vie même. Thoreau conçoit la vie comme un don unique mais à date limite, alors pour lui hors de question d'avoir le moindre regret, hors de question de suivre les autres ou pire, de se laisser limiter par eux, hors de question de rester planté dans un bureau en rêvant avec pessimisme, hors de question de parler d'utopie, avec lui c'est bouge toi et tu verras. Avec lui "une aube viendra, plus éclatante que le jour. Le soleil n'est qu'une étoile du matin".

Mais Thoreau, c'est aussi un défenseur de la Nature. Il cherche à la comprendre, il l'observe, mais en même temps il la laisse vivre et contemple son cycle. Il écrit d'ailleurs un chapitre sur chaque saison pour nous décrire comment la Nature vit au lac Walden. Il reste distant, pour lui la Nature n'a pas besoin de nous pour fonctionner, elle fonctionnerait d'ailleurs même mieux sans nous aujourd'hui... Au milieu du 19ème siècle, le monde est en pleine industrialisation, et Thoreau assiste déjà à une destruction partielle de la Terre pour laisser place aux futures villes. L'homme commence à prendre conscience qu'il a le pouvoir sur elle, il pense même l'avoir grâce à l'argent, alors il en prend le contrôle. Mais "jouis de la Terre, ne la possède pas". Voilà son message. La Nature ne fait que nous donner, nous nous ne faisons que lui ôter. Il observe "l'innocence et la bienfaisance indescriptibles de la Nature" qui subit les ravages de l'anthropocène. L'homme devenu trop humain. Mais "ne suis je pas moi-même en partie feuilles et terreau végétal?"


C'est à partir de ce point que j'ai trouvé intéressant de partager une découverte récente mais qui mérite sa place: Soil, Soul, Society de Satish Kumar. J'ai découvert ce livre caché entre des centaines

d'autres dans une librairie de seconde main, il m'inspirait mais je ne m'attendais pas à quelque chose d'extraordinaire. Et je m'étais trompée. Il est sûrement un des livres qui décrit le mieux les problèmes de notre société actuelle, et il propose ses solutions mais de manière très concrète, raisonnée et ouverte. Son constat: l'Homme en société, au delà d'avoir perdu son humanité, a surtout perdu sa connexion avec la Terre, et ne l'a peut-être même jamais eue. On s'est basés sur des trinités de mots qui nous donnent la sensation d'être forts : la liberté, l'égalité, la fraternité, la vie, la poursuite du bonheur, etc... Mais nous nous égarons souvent... Hors nous laissons en chemin une notion importante qui est pourtant à l'origine de notre vie à tous: le sol. Satish Kumar nous propose une nouvelle société : Soil, Soul and Society: "a new trinity that is holistic and inclusive, that embraces the entire planet and all species upon it". Cette trinité n'est pas la devise d'un pays mais bien celle de l'humanité toute entière. Il est beau de défendre des idéaux, mais il est plus important de retourner aux racines les plus profondes, imperceptibles, qui nous donnerons ces libertés. Notre vie sur Terre ne trouvera jamais la paix si nous ignorons le sol, si nous ignorons notre âme, et si nous ignorons les fondations de la société.

"There can be no healing of the self if the Earth around us is sick and human communities are suffering."



La partie majeure de son livre c'est ce lien que l'on doit retrouver avec la Nature. De la même manière que Thoreau, il en retient l'abondance, la générosité qu'elle a envers nous, un don que nous négligeons.

"Nature is divine, sacred and holy as well as abundant (...) We humans are blessed with the gift of nature (...) Nature is king, compassionate and generous; she is filled with unconditional love"

Et voilà d'où part le problème. On est constamment à la recherche d'amour, de possession, de générosité, de nouveauté, d'expérience, de nourriture. On a tout devant nous, et pourtant nous pensons que nous devons tout faire nous même pour confirmer l'intelligence de notre humanité. Les fruits poussent tout seuls sur les arbres, et pourtant nous en produisant des quantités astronomiques dont une très grande partie sera jetée, va pourrir, avant d'avoir pu accéder aux mains de personnes dans le besoin, parce que ce qui est donné gratuitement par la Nature nous y avons mis un prix. La Nature met à notre disposition un écosystème qui fait circuler l'air, qui fait grandir nos ressources, qui s'adapte au temps, qui sait se protéger, et pourtant on pense devoir intervenir, ou bien on fout tout en l'air.

Il est difficile de dire si nous sommes coupables ou non quand ce schéma se répète depuis longtemps et que nous avons été éduqués ainsi en suivant la société. C'est là qu'un passage préféré de mon livre vient.

Avoir un lien avec la Nature aujourd'hui est considéré comme étrange, ridicule, alors que ça pourrait changer la vie de tous. Marcher pieds nus sur la Terre est une honte en public, BUT "DIRT IS

NOT DIRTY". Et nous avons énormément à apprendre de ce sol. Comment il fonctionne devrait inspirer le schéma de nos sociétés. Se laisser vivre, être généreux, se nourrir de ce qui nous est donné, juste se contenter de respirer et d'utiliser ces forces pour son être, percevoir toute la richesse qui se trouve en une goutte d'eau, en un rayon de soleil. Et comme les plantes, notre être ne peut supporter d'être enfermé, de demeurer dans l'obscurité, notre âme se dessèche, pourrit et meurt. Enfermés dans ces bureaux, rentrer, s'enfermer chez soi, s'enfermer dans un écran, tout ça, ça nous tue à petit feu.

Et se préserver de tout ça commence dès le plus jeune âge. Satish Kumar voit un énorme problème dans notre société actuelle avec lequel j'ai toujours été d'accord. Éduquer les enfants, dans des bâtiments cloisonnés, où ils étouffent, ne leur donner que quelques minutes pour respirer et voir le soleil après avoir passé des heures à la lueur de néons, en plein jour, voilà le problème. Leur enseigner comment fonctionne la Nature pour l'apprivoiser, sans même les emmener voir ce qu'elle leur donne là, en cet instant, voilà le problème. Leur apprendre l'histoire, la science, la littérature, est un bagage culturel unique. Mais pour des êtres qui ont besoin de se nourrir, pourquoi n'apprenons-nous pas aussi à cuisiner, à connaître nos ressources. Pour des êtres qui ont besoin d'avoir un toit, pourquoi n'avons nous jamais appris à découper un morceau de bois. Pour des êtres qui veulent vivre en harmonie dans une communauté, pourquoi apprenons nous principalement à faire de l'argent. Et la façon dont nous apprenons aussi n'est pas des meilleures. La Nature elle est là, juste devant vous, elle s'offre à vous. Alors pourquoi prétendre la connaître après avoir vu un reportage alors irréel, avoir lu un article, alors que l'on pourrait toucher, sentir, entendre, ressentir.

"To understand Nature we have to experience nature, we have to be in nature and we have to learn from nature, rather than learning about nature".


Je ne veux pas que cette article soit trop long alors je mettrai les citations que j'ai relevées en dessous pour vous faire comprendre le message de ces livres. C'est la première fois que je fais une revue littéraire alors il est fort probable que je me sois perdue dans mes mots, que mes explications ne font pas de sens ainsi que la raison pour laquelle je parle de ces deux livres dans le même article. C'est quelque chose que j'aimerai faire plus souvent mais qui s'avère plus dur que ce que je pensais, je retournerais bien aux cours de français et de philo haha. Mais ce qui comptait pour moi c'était de vous partager deux livres qui porte un message qui me tient énormément à coeur. Ces livres m'aident quand je trouve le monde absurde autour de moi, quand le pessimisme s'empare de moi. Walden est pour moi une leçon de vie magnifique, et le livre de Satish Kumar m'aida à trouver les solutions pour améliorer ce monde quand je pensais que tout était vain. Je pense qu'il est important de répandre ces messages encore et encore, de partager ces trouvailles qui peuvent nous aider, voilà ce que je vous offre aujourd'hui. N'hésitez pas à me donner vos retours quand vous en aurez lu un, si l'on peut créer une communauté de partage ça serait un grand accomplissement. N'hésitez pas à partager vos passages préférés sur vos storys instagram en m'identifiant ( @eiwa_) pour que je les partage également et que cette boucle ne s'arrête jamais.


Prenez soin de vous et de la Terre, Eva.


CITATIONS WALDEN, THOREAU


"Les étudiants ne devraient pas jouir à la vie, ni se contenter de l'étudier, alors que toute la communauté les entretient à ce jeu de luxe, mais la vivre, réellement, du début jusqu'à la fin."


"Si le jour et la nuit sont tels, que vous les accueillez dans la joie, et si la vie embaume comme les fleurs et les herbes odorantes, si elle est plus souple, plus étoilée, plus immortelle, alors vous tenez votre succès."


"Nous nous attardons dans l'hiver, alors que c'est déjà le printemps."


"Abrite-toi sous le nuage, pendant que tout le monde s'enfuit vers les charrettes et les cabanes. Que ton métier ne consiste pas à gagner ta vie, mais à te distraire. Jouis de la terre, ne la possède pas. Par manque d'esprit, d'entreprise et de foi, les hommes sont là où ils en sont, ils achètent et ils vendent, ils passent leur vie comme des serfs."


"Je suis parti dans les bois parce que je désirais vivre de manière réfléchie, affronter seulement les faits essentiels de la vie, voir si je ne pouvais pas apprendre ce qu'elle avait à m'enseigner, et non pas découvrir à l'heure de ma mort que je n'avais pas vécu. Je ne désirais pas vivre ce qui n'était pas une vie, car la vie est très précieuse; je ne désirais pas davantage cultiver la résignations, à moins que ce ne fut absolument nécessaire. Je désirais vivre à fond, sucer toute la moelle de la vie, vivre avec tant de résolution spartiate que tout ce qui n'était pas la vie serait mis en déroute, couper un large andin et tondre ras, acculer la vie dans un coin et la réduire à se composants les plus élémentaires, et si jamais elle devait se montrer mesquine, eh bien alors en tirer tout l'authentique mesquinerie; ou si elle devait se révéler sublime, la connaître par l'expérience et réussir à en établir un rapport fidèle lors de mon excursion suivante. Car la plupart des hommes, me semble-t-il sont plongés dans une étrange perplexité, incapables de décider si elle vient du diable ou de Dieu, et ils ont conclu un peu vite que le but premier de l'homme, ici-bas est de glorifier Dieu et de trouver en lui un bonheur éternel."


"Les hommes vivent trop vite. Ils trouvent sans aucun doute essentiel que la Nation fasse du commerce, exporte de la glace, converse grâce au télégraphe et voyage à la vitesse de trente miles

à l'heure, qu'eux mêmes le fassent ou pas: mais que nous vivons comme des babouins ou comme des hommes, voilà qui reste un peu incertain. (...) Nous ne montons pas dans le train; c'est lui qui monte sur nous."


"Le temps n'est que la rivière où je m'en vais pêcher."




"Parlez moi donc du ciel, vous déshonorez la Terre."


"Si l'on avance avec confiance dans la direction de ses rêves, si l'on essaie de vivre la vie qu'on a imaginée, on sera payé d'un succès inattendu en temps ordinaires."


"Plutôt que l'amour, l'argent ou la gloire, donnez moi la vérité."


CITATIONS DE SOIL, SOUL, SOCIETY, SATISH KUMAR


"peace is not just an absence of war; rather is a way of being in harmony with planet Earth, with oneself and with all human beings on the planet irrespective of their race, religion or nationality"


"Nature is divine, sacred and holy as well as abundant (...) We humans are blessed with the gifts of nature. Nature is kind, compassionate and generous, she is filled with unconditional love."


"we the seekers of the truth and liberation, need to learn from the soil the qualities of unconditional giving, expecting nothing in return."

"a civilization that can put animals in factories and treat them in a cruel manner cannot be called civilized. A society that can devastate rainforests and other tree to produce more and more food and then waste a large part of it cannot be called civilized. A society that can tolerate one third of the population to be without food, shelter, education or medicine cannot be called civilized. A society that can turn a blind eye on child labour and pay slave wages to workers in poor countries cannot be called civilized. Behind the facade of democracy, human rights, free speech and rule of law, western institutions are built on principles of selfishness, greed, materialism, consumerism and elitism, in one word" violence" ."


"We all want to eat, but less and less people want to grow or cook food. We all want to live in a good home, but less and less people know how to build a house. We all want to earn money, but less and less people know how to respect and honor other people. Education has lost of sense of wholeness. therefore, education should be about training head, heart and hands, developing the power of thinking feeling and making."







  • Noir Pinterest Icône
  • Noir Icône Instagram
  • Noir Icône YouTube
  • Black Facebook Icon
  • Black Instagram Icon