• Eva

il était temps de dire stop.

Mis à jour : 11 août 2019

J'ai toujours eu cette voix dans ma tête qui me hantait. Depuis des années, elle me parlait de souffrance, d'insatisfaction, sous ce visage heureux que j'exhibais. Je refusais de l'écouter, je souhaitais qu'elle ne soit qu'un rêve. Je persistais à me convaincre que tout était parfait, que je n'avais absolument aucune raison de me plaindre, et que mes rêves étaient très bien là où ils étaient, c'est à dire, dans ma tête. Mais petit à petit, je sentais cette petite boule de négativité grandir en moi. Je faisais des choix, et je les assumais. Je prenais des voies qui me semblaient bonnes pour moi. Et pourtant, au fond, tout cela n'était pas moi. Quand j'évoquais mes rêves, cette vie idéale, je prétendais être quelqu'un d'autre, et m'identifiais alors à cette personne qui se restreignait. Mais cette identité ne pouvait avoir qu'un temps. La "rêveuse" elle aussi voulait s'exprimer, elle aussi voulait s'incarner, elle voulait trouver la liberté qui lui était promise mais maintenue oubliée. Pour cela il lui fallut taper fort, faire souffrir, s'enrager et tout saccager au coeur de mon être. Il lui fallut crier plus fort encore et encore. Il lui fallut combattre la peur, celle de décevoir, de se tromper, de sauter dans le vide. La peur de dire stop. La peur de dire non à tout ces schémas pré-éxistants qui devaient construire sa vie, parce qu'on lui disait qu'il en était ainsi. Il lui fallut du temps, et beaucoup de force et de courage. Et aujourd'hui, cette voix fut entendu, et cette personne a vu le jour.

Chaque année, j'ai l'impression d'évoluer. Mais cette année restera surement celle qui marquera à jamais mon histoire. Tout allait dépendre d'un simple concours, et aujourd'hui j'ai envie de dire que malheureusement, je l'ai obtenu. Je ressentais alors une joie illusoire, et j'essayais d'oublier l'autre solution qui était de suivre mon rêve et de réaliser un premier voyage. C'est vrai, c'est d'abord les études et ensuite on profite de la vie, ça a toujours été comme ça, il faut bien être en "sécurité". Et pourtant cette année, je ne me suis jamais autant retrouvée en danger. Votre inconscient est plus fort que tout, il peut vous jouer des tours quand il essaie de vous rassurer, de vous maintenir dans la position du confortable. Ainsi sur un bonheur que je prétendais, tout fut détruit. Et cela m'a pris des mois et des mois pour me rendre compte que je ne contrôlais plus rien. Comment se fait-il, moi qui était passionnée de spiritualité, que je m'en détourne autant ? Comment se fait-il, moi qui aimait rester calme et en paix, que je ne parvenais plus à méditer plus de deux minutes ? Comment se fait-il, moi qui était tellement en accord avec mon être, que je me mette à l'ignorer et le torturer ? Pendant des années je n'ai cessé de vivre avec le sourire, et d'un seul coup me voilà prise dans un tourbillon, m'emmenant au fond d'un gouffre dont je n'aurai jamais soupçonné l'existence. Mes mots s'amplifient certainement dans ce que j'écris, ce n'était pas le fond du fond, mais quand je regarde en arrière par rapport à tout le bonheur que j'éprouvais avant, il en ressort ainsi. Et voilà comment j'ai passé une année entière, à étudier sans réel intérêt, à perdre goût à tout ce que je faisais, à m'isoler, m'enfermer, pendant que mes rêves eux, ne faisaient que s'intensifier et devenir de plus en plus obsédants. Chaque journée je n'avais qu'une envie qui était d'aller sur les réseaux observer la vie idéale que je souhaitais. Je m'imaginais à la place de ces personnes, je les enviais, et j'étais là, assise à mon bureau, dans le silence complet. J'étais contente d'apprendre des choses en histoire de l'art ou de la photographie, mais honnêtement, c'était les seules matières qui me passionnaient, et je ne les trouvais pas assez complètes ne représentant même pas deux malheureuses heures dans ces semaines qui devenaient si longues. Pour combler ma soif d'apprendre, j'avais sans cesse la tête plongée dans un bouquin, ignorant tout le monde autour de moi, évitant toute discussion, m'échappant sans cesse. Et je prenais plaisir à être seule tout le temps, alors qu'en début d'année j'étais impatiente de vivre cette vie étudiante pleine de rencontres et d'expériences. Il n'en fut rien de tout ça.

Une question me torturait alors. Comment est-il possible d'être aussi assoiffée de culture et pourtant, de ne jamais s'épanouir dans aucune étude ? Comment était-il possible d'avoir tant aimé et à la fois détesté le lycée ? Que devais-je faire ? Choisir mes études à toujours été la pire des questions que l'on pouvait me poser. Parce que je veux tout simplement, tout savoir, mais à mon rythme. Je voulais tout savoir, pour moi, pour m'enrichir, évoluer, et non pour les autres. Je ne voulais pas apprendre pour obtenir la note de quelqu'un. Je ne voulais pas me former pour me ranger dans la case d'un métier. Je ne voulais pas mettre de côté les livres que je parvenais à mémoriser parce qu'ils me plaisaient, pour lire d'autres ouvrages auxquels on me forçait. Et surtout, je ne pouvais pas rester là, assise sur une chaise, constamment, entre quatre murs, angoissant, dans ce temps où les journées se répétaient infiniment. Ne pas pouvoir peindre le jour où une vision m'apparaissait, parce que j'avais un devoir, ce n'était plus possible. Ne pas pouvoir partir à l'aventure photographier ce qui me plaisait vraiment parce que je n'en avais plus le temps ni même l'envie, ça n'était plus possible. Ne pas pouvoir évoluer, être pleinement qui je suis, parce que je ne parvenais même plus à m'écouter ni me comprendre, ce n'était plus possible. Se dire sans cesse, "tiens le coup, plus que 3 ans", ou "tu auras les vacances pour prendre soin de toi", ou "mais ensuite, je fais quoi?", ça n'était plus possible. J'étais totalement perdue. Essayer de rendre apparente cette souffrance que je ne parvenais à exprimer, par peur du jugement ou de la déception ou parce que j'essayais de me convaincre de son inexistence, à travers la torture de mon propre corps, ça n'était plus possible.

Mais heureusement, une conviction que j'ai toujours eue et qui restera à tout jamais m'a sauvée. Tout ce qui nous arrive, arrive pour une raison et est en réalité à chaque fois, une leçon pour évoluer. Alors, après des mois, cette voix que j'essayais de dissimuler ce qui m'était impossible étant la chose la plus puissante qui se trouve en chaque être, s'est enfin manifestée : l'intuition. Soudainement, j'ai eu l'intuition que je faisais tout, mais absolument tout, de la mauvaise manière. J'ai eu l'intuition que je pouvais faire quelque chose de grand et tout transformer. Et surtout, j'ai eu l'intuition que la porte qui ouvrirait sur mes rêves s'était en réalité rapprochée au lieu de s'être éloignée, alors je n'ai pas hésité, du jour au lendemain, à la franchir. J'ai pris conscience que toute cette souffrance était causée par tout ce sur quoi j'avais fais une croix. J'ai pris conscience que je ne pouvais survivre en écoutant les autres, et que depuis le début, ma propre voix, comme celle de tout être, était la seule et unique vérité pour moi et moi seule. J'ai pris conscience que prendre des risques aussi énormes était en réalité bâtir quelque chose de grand et des plus solides. Alors j'ai pleuré un bon coup, et tout ce désordre s'est éclairé, parce que je me retrouvais en contact avec ma voix intérieure que j'avais étouffée. Et elle disait, "stop". Stop, arrêtes tout, parce que bon sang si t'es pas heureuse tu perds ton temps.

Et ainsi, le plus grand pas que je ne pourrais jamais faire dans ma vie fut fait, en l'espace de quelques jours. Ça parait fou, j'ai encore du mal à y croire. 18 ans c'est l'âge des études, on ne peut rien faire. Et pourtant, j'ai décidé que j'en étais capable. J'ai promis de ne plus jamais remettre les pieds dans cette école, et de faire une pause avec quelconque autres études qui soient, juste pour voir. J'ai décidé que j'étais capable de devenir l'artiste que j'ai toujours voulu être, et de dédier chacune de mes journées à mes passions et de les mettre au service des autres, ce qui devient en réalité un service rendu à moi-même. J'ai décidé de lancer ma petite entreprise alors qu'on me disait que c'était un truc de grand. J'ai décidé de rentrer chez moi, le temps de m'enraciner à nouveau de prendre soin de moi. Et ces voyages, si j'en rêve autant, si j'en ai la possibilité, et si en plus ils ne peuvent que me faire évoluer et devenir maintenant une partie de mon travail, alors bordel, qu'est-ce que j'attends ? Et c'est ça le problème. C'est que très souvent, on a tout sous la main, tout est possible, mais l'on se persuade qu'il vaut mieux attendre, on se convainc d'un bonheur qui n'est que l'illusion donnée par le confort, on se trouve des excuses, et l'on remet tout à demain. Mais ce n'est pas parce que l'on vous a dit qu'à tel âge vous deviez faire telle chose que c'est vrai. La seule chose qui est vraie c'est cette voix que vous avez en vous. Et la seule chose qui compte, c'est, êtes vous réellement satisfait de votre vie, là et maintenant ? Peu importe les pensées de votre entourage. Peu importe les pensées des gens à l'extérieur. Vous, que ressentez-vous ? De quoi avez- vous envie ? Et croyez moi, vous parviendrez à vous ignorer pendant des années et des années, parce qu'on est éduqués ainsi, mais je peux vous assurer qu'il arrivera un jour, ou tout va exploser, ou tout va s'anéantir du jour au lendemain, et à partir de cet instant, le chemin de la guérison devient long et pénible. Alors encore une fois, je vous le demande, de quoi avez vous-envie ? Et, comment vous sentez-vous ?

Je vois vite arriver la haine des parents qui vont penser que je proclame l'arrêt des études, mais ça n'est pas du tout le cas. Je ne tire pas un trait définitif sur celles-ci, je tente juste ma chance et j'attends de voir comment cela évolue. Et en réalité, je donnerais tout pour apprendre, parce que rien ne me procure plus de plaisir. La seule chose c'est que je ne parviens pas à trouver ce que je cherche ailleurs que dans les livres, les rencontres, mes recherches, parce que la pluralité des domaines qui m'intéressent est bien trop grande. Si j'avais été passionnée seulement de littérature, bien sûr que j'aurai fait des études de lettres. Si j'avais été passionnée de sciences, bien sûr que j'aurai suivi cette voie. Mais, enfermée entre les murs, à devoir choisir une chose qui m'intéresse et non des centaines, c'était aller contre ma propre nature. Alors y remettre les pieds, ce n'est pas ce dont j'ai envie, pour l'instant. C'est ça, c'est ce qui est le plus important, c'est ce "pour l'instant", qui compte. Et pour moi, ce qui m'importe en ce moment, c'est de créer, de vivre, de rencontrer, de voyager, d'apprendre, de m'accomplir, de me retrouver, et de découvrir cette personne que j'ai toujours voulu être et de prendre soin d'elle. J'ai pris cette décision mi-mai, et depuis en l'espace de quelques semaines, il ne s'est jamais passé autant de choses dans ma vie. Je n'ai jamais vu autant d'opportunités se présenter, je n'avais jamais autant réussi à créer, je ne m'étais jamais sentie autant inspirée, les projets débordent tellement dans ma tête que maintenant je dois même apprendre à me calmer tant j'ai à faire. Chaque soir, quand mon père rentre et me demande si j'ai bossé, j'ai encore le reflex de dire que non, alors que pourtant bien sûr que si. Puisque chaque jour, je ne cesse de peindre, de photographier, de travailler sur tout ça, de gérer des choses, de lire, d'apprendre, de trouver de nouvelles choses qui me feront évoluer, de prendre soin de moi, de promouvoir ce que je fais. Et en réalité, tout ceci que je faisais habituellement en vacances, en temps libre, ce qui me rend véritablement heureuse, j'ai décidé que ce ne serait plus loisir et "oisiveté" mais que ce serait ma vie et mon travail au quotidien. C'est alors que tout fonctionne et prend sens. Bien sûr si je souhaitais faire autre chose que de l'art, j'aurai eu besoin d'étudier ce domaine et je l'aurai fais mais à 100%, mais pour le moment ce que je souhaite faire nécessite pas cette aide extérieure qui m'était un obstacle plus qu'autre chose, alors j'y ai mis un terme. Mais ceci est loin d'être une pause dans ma vie, la véritable pause fut toute cette année ou j'ai cessé de vivre et où j'étais constamment déconnectée de moi même. En réalité, en cet instant précis, c'est ma vie qui commence.

Je tiendrais à finir cette article en remerciant tout mes proches, mais, d'une gratitude infinie, de m'avoir soutenue tout au long de ce passage difficile, et de se donner la force de croire en moi pour m'encourager dans la poursuite de mes rêves. Sans vous, même ces personnes que je connais pas, qui ne sont là que pour me dire que mon travail a un minimum de valeur, vous avez plus d'impact que vous ne pourriez jamais l'envisager.

Merci, merci, merci.

Sur ce, prenez soin de vous, de vos proches, et de vos rêves, je vous aime fort.

Eiwa.

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