• Eva

Merci, Projet F.

Bonsoir tout le monde. C'est un peu dans l'urgence que j'écris cet article, parce que j'en avais besoin. Des émotions, des images, de nouvelles réflexions trouvèrent une place bien ancrée dans mon esprit, et je tenais à vous le partager.


Il y a quelques jours je me rendais au Café Citoyen à Lille pour voir une amie qui jouait une pièce de théâtre. Je ne savais à quoi m'attendre, je n'avais ni lu la description, ni ne savait qui était derrière cette pièce. A quelques imprévus près, j'allais rater cet évènement, et comme par hasard une dernière petite place s'est libérée, grâce à la gentillesse du personnel du café. Et pour moi ce n'était pas un hasard, je devais y être, et ça, je l'ai vite compris.


Me voilà donc assise dans une pièce minuscule à l'étage du café, en tout petit comité, avec devant moi juste deux fauteuils, et de jeunes amateurs encore les textes à la main, qui s'apprêtent à jouer de la manière la plus naturelle et authentique qui soit. Une erreur de texte, ce n'est pas grave, on en rigole. Les émotions retranscrites semblaient alors tellement plus réelles. Ce soir là, des jeunes femmes, au nom de collectif Projet F étaient là, pour parler de femmes. Je défends la cause féministe, mais en fin de compte, je ne m'interroge jamais dessus, et encore moins sur moi même. Je n'ai jamais manifesté, je commence seulement à lire sur ce sujet, je ne suis pas l'actualité des mouvements féministes, et je connais peu l'histoire des grandes femmes. Peut-être parce qu'il y a tellement de causes à défendre, et que pour moi cela semble tellement pourvu de sens que la femme soit libre, qu'elle vive pleinement, que je ne me rends pas assez compte du chemin qu'il y a encore à faire. Peut-être parce que je ne me suis jamais demandée, en tant que femme, comment je me sentais, et ce qu'au fond pour moi "être femme" était vivre sans avoir à me poser ces questions et être qui je suis. Peut-être parce que je n'ai jamais perçu dans mon quotidien ces petites choses qui m'emprisonnaient. Mais dès les premières minutes de cette soirée, évoquant ces sujets, je me trouvais dans l'incapacité de trouver une réponse. Je me suis alors rendue compte que je n'avais jamais réfléchi sur qui j'étais vraiment, et quelle était ma condition. La soirée commença avec trois extraits d'une pièce qu'elles ont créée ensemble s'interrogeant sur ce qu'était être féminine, être femme, et être féministe. Et les questions que cela soulève ne vous laisse pas indifférente. A travers une mise en scène très simple, une simple discussion entre amies, j'avais l'impression d'être au coeur de la pièce. Et sans élever la voix, je réfléchissais et débattait avec elles.



Mais le surplus émotionnel que j'ai ressenti arriva en seconde partie. Une belle "madame", comme elle le dit, du nom de Soraya Bash, à la tête du collectif, nous annonce la lecture de 6 textes écrits par des membres du collectif. Mon amie commence, en nous contant son histoire, les questions qu'elle se pose sur un doux son de ukulélé. Comment s'en sortir quand l'on veut être une artiste ? Comment s'en sortir quand l'on veut être une femme libre ? Comment faire face à un avenir imposé ? A des contraintes religieuses? Ne plus se ranger dans une case, ne plus se laisser dicter sa conduite, et se libérer. Ne pas être femme, mais être, un être. Connaissant son histoire, de voir une femme, ou excusez-moi, un être, s'émanciper ainsi, me provoquait déjà un profond sentiment d'admiration et d'inspiration. Et les textes s'enchainèrent, me donnant à chaque fois un peu plus de réflexions, d'émotion, il m'était à chaque fois un peu plus difficile de retenir mes larmes. Je me sentais concernée par beaucoup d'entre eux, j'avais devant moi des personnes qui partageaient mon histoire alors que je ne les connaissais même pas. Et quand le sujet m'était étranger, je me sentais tout de même profondément liée à elles. Des questions qui se posent en chanson, une simple discussion très profonde et qui m'a profondément touchée sur l'amour, un poème qui m'a poignardé sur l'histoire d'un corps, tant aimé mais détruit par les dictacts, etc... Voilà tout ce que j'ai vécu. C'était si fort que j'ai ressenti le besoin de les voir à la fin, de leur dire merci, pour ce qu'elles faisaient mais aussi pour m'avoir fait vivre tout cela. Le besoin de les prendre dans mes bras, et d'écrire cet article. En réalité ce qu'il s'est passé, devant le courage de ces femmes qui lisaient un texte personnel, écrit et lu avec les tripes, j'ai senti que c'était moi aussi qui se transformait. D'un seul coup je me suis sentie plus forte, plus courageuse, plus consciente de moi même. J'ai soudainement eu envie d'élever la voix un peu plus fort, d'incarner qui je suis pleinement, d'agir. Cela m'a donné envie de faire tellement de choses pour incarner cette force féminine, j'ai eu envie d'écrire, de chanter, de pleurer, de crier, de danser, de rire, j'ai senti que je pouvais faire plus, et être moi même un peu plus. Cela m'a donné aussi envie de travailler avec d'autres collectifs, de les écouter, de parler d'eux. Cela m'a donné envie de réaliser des documentaires, de rencontrer les gens, d'écouter leurs histoires, et de partager la mienne.


Voilà ce qui m'amena à écrire cet article. Parce que par l'intermédiaire de ma voix je veux faire entendre haut et fort celle des autres. Quand je vis une expérience intense, je ne peux garder ça pour moi, j'ai besoin de partager. Et avec cette nouvelle envie de rencontrer des personnes, d'écrire sur eux, de les filmer, mais surtout de les écouter, je pense qu'un premier article s'imposait pour partir à la recherche de ces petites perles qui composent notre monde, ces perles qui se trouvent en réalité au fond de chacun d'entre nous. Je compte continuer de partir à la recherche de telles expériences et continuer d'écrire des articles dessus, c'est pour moi très important de partager et de créer ce lien. J'aimerai savoir si cela vous plait, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, et à me contacter si vous connaissez des personnes qui pourraient m'intéresser.


Je vous laisse avec ici les mots de Soraya qui vous en dit un peu plus sur le projet et sur leur pièce donc la représentation se fait le 28 juin à la MAVA à Lille. Soyez nombreux, je ne pourrais y être mais je les encourage de tout mon coeur.

"La pièce cherche à questionner les mœurs/regards/mentalités du 21e siècle à travers les arts de la scène. L'idée centrale est de faire dialoguer : récits intimes, expressions orales et discours choraux, ceci dans l'optique de mettre en scène les pensées de femmes cosmopolites.

J'ai donc voulu élaborer un scénario dont le propos est composé de thèmes tels que le décloisonnement du « féminin », la diversité et la parole émancipée. Ma démarche se veut artistique tout en étant consciemment engagée et réflexive.

Ces prises de parole cherchent à questionner les différents concepts socioculturels réducteurs qui sont au cœur des conflits xénophobes. En effet, la crainte de ce qui est différent de soi est souvent ce qui pousse à se refermer à l’Autre.

Il est également question, dans cette pièce, de donner à entendre la puissance de la prise de parole à travers des voix tantôt ambivalentes, hésitantes, timides ou tantôt impudentes, violentes et percutantes. C'est dans cette optique que je souhaite engager le dialogue à travers la parole sans ambages de ces libres-penseuses. En effet, les personnes qui ont accepté de participer à Projet « F. » pensent et s'expriment en dehors de toute limite.

L'attention de ce spectacle sera mise sur la diversité, par la pluralité des voix (sonorités, timbres, accents, expressivités, etc.), des langues et par l’usage de diverses formes d'expressions /manifestations artistiques.

J'espère que vous m'accorderez l'honneur et le plaisir de votre présence lors de la représentation du 28 juin qui aura lieu à 20h30 à LA MAVA ( Lille, métro Fives).

Soraya BASH Scénariste et metteure en scène pour Projet « F. »


Leur instagram : https://www.instagram.com/collectif_projet.f/?hl=fr&fbclid=IwAR2bNvdqQwHAT9HoU8id-KEwKwVw4MATxQb5LbF8HP-2mvp9bylV98TTboI

Leur facebook : https://www.facebook.com/groups/projetfsorayabash/



Merci au Café citoyen de donner un lieu à ces projets, et de permettre de partager, d'apprendre, et de se réunir.


Prenez soin de vous, et de la communauté humaine, Eva.

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